Jeudi 24 avril 2008

Du haut de mes cent quarante centimètres, mes yeux de jades ne sont guère plus que le reflet d’un passé révolu ou la vie ne méritait pas que l’on s’y attache avec tant de vigueur. Ils sont froids, ignorant de leurs cruautés, et ne montre jamais ne serait-ce qu’un sentiment de bonheur. Dissimulés derrière de longues mèches noires, ils voilent ainsi leurs vides de mes cheveux rectilignes, sans jamais s’émouvoir de leurs véritables laideurs.


Au dessus, mes sourcils se dessinent, et de là même couleur que le sont mes cheveux, se louent d’être l’origine des expressions de mon visage. En dessous, s’éternise mon nez, un éperon isolé dont la pâle splendeur n’illumine que mes lèvres opalines. Mon épiderme est glacé, hâve, et me fait paraître plus encore que mes yeux, comme morte…Mon visage est semblable à la lune se reflétant sur un lac, il est difforme, hideux, et de même que l’écho paraît à l’oreille d’un individu, anormal, mon visage n’est que le reflet de moi-même, il est glacial. Quant à mon corps, il peut se flatter de n’être pas encore, un amas d’os et de peau affamé.


Peut-être, est-ce parce que je suis petite ?


Quoiqu’il en soit, l’image que je renvoie de moi n’est pas l’image que je voudrais qu’elle soit. Trop frêle, trop nébuleuse, celle-ci ne me montre pas sous mon vrai jour, et mon n’intelligence bien que prononcé ni ne la dessert, ni ne la rehausse. Quand on me discerne, je disparaît aussitôt, car je crains bien plus que le regard des autres, mes sentiments dantesque à leurs égards


Je suis bien plus triste que sournoise et bien moins vil que craintive. Certes, j‘admet avoir commis quelques méfaits, mais ils laissent place désormais à d’amers regrets. Et mon cœur, chaque jour davantage tourmenté par ces spectres sinistres qui hantent à jamais ma mémoire, ne trouve pas la repos dont il aurait besoin.Je ne suis pas quelqu’un de foncièrement méchant et ce même si je exècre la compagnie d’un autre que moi à mes cotés.
Ce n’est pas que les gens soient infâmes ou violents, certains sont d’ailleurs d’une gentillesse admirable, mais c’est qu’ils sont tous stupides…ils s’agglutinent comme des abeilles, construisant et détruisant selon le bon vouloir de leurs souverains Et enchaînés par la peur, les guerres et la faim, ils ne sont plus que des marionnettes dociles, qu’on envoie à la mort sur le champ de bataille, en criant d’une voix certaine, que la victoire est bout de leurs lames. Quelle cruelle ironie !


D'ailleurs, n’allez pas croire que je suis prêtes à sacrifier ma vie pour quelques incertaines libertés, notamment quand il faudrait défendre « le monde des hommes libres» de la tyrannie de leurs congénères à grandes dents. La terre à toujours été le fruit de luttes intestines, de guerres meurtrières, de massacres terribles. Ainsi, celui qui affirme haut et fort qu’en écrasant les dictateurs, le monde sera paisible et agréable est soit stupide, soit menteur.
« Il est bien plus facile de donner des armes à un homme que de les lui reprendre »


Mon père biologique était de ces hommes qui considéraient la femme comme l’égal de la bête, très pieu dans l’âme, le prêtre de la seigneurie en fit un bel éloge à la cérémonie de son enterrement. J’avais environ cinq ans, mais je m’en souviens parfaitement. Mon frère, lui est mort trois ans plus tard, tué par quelques roublards intrépides tandis ce qu‘il « patrouillait » la région en compagnie de ses « jouvenceaux » .


Quant à ma sœur, elle était bien trop stupide pour comprendre qu’elle n’était pas le centre du monde, et que tout ceux qui lui tournaient autour n’étaient pas des satellites dociles, mais véritablement des frôlons enragés, disposés à se servir de leurs dards à la moindre occasion. Si bien que quelques mois après la mort de Nathaniel, cette idiote fut surprise dans les bras d’un autre que son fiancé. Or, Cyrielle ne souhaitant rien de pis que ce qu’il lui arrivait, se révolta contre l‘ordre établit, essayant sans succès de convaincre ses paires de la véracité de sa foi, jusqu’à ce que, portée par l’opprobre d’une doxa, elle terminât sa vie sur le bûcher ; pieds et poings liés, la chair grillant, brûlant, les yeux globuleux et suintant de fines vapeurs aux arômes salés. Ce jour là, j’ai vue ma sœur se transformer en petit de tas de cendre fumant, en un simple souvenir, aussi froides que sont les nuits que je sillonnes désormais.


Tant de temps a passé depuis, et pourtant je puis encore me rappeler nettement de son visage. Est-ce si étrange ?
Peut être bien
Mais à la lueur de la lune, mon cœur est aujourd’hui semblable à l’astre glacé, qui suivant une trajectoire inconnue, ne trouve guère que l’obscurité comme seul apaisement. Il erre l’éternité durant, plongé dans le néant, sans jamais parvenir à saisir cette aurore aux éclats colorés. Oui, mon coeur n’est rien de plus qu’une enveloppe candide, enfermant en son seins mes sordides souvenirs. Ceux dont je ne puis me défaire, tout du moins…car nombreux sont ceux qui éphémères se sont évaporés, comme l’eau d’un cadavre laissé là, solitaire, dans les profondeurs d’un désert.
Mon corps, lui est le reflet de ce leurre, à jamais maudit et honni pour le méprit que je lui porte…
 

Après la mort de ma sœur, j’étais abandonnée à la rue, sans toit sous lequel me reposer, sans rien pour me sustenter. Je venais juste d’avoir neuf ans. Si jeune et si seule, j’ai dut apprendre à me débrouiller dans les tréfonds de ce bas monde. Parfois de manière honorable, d’autres fois dans des souffrances bien pis que vous ne pouvez le savoir. On commence dans une taverne, on s’embarque dans une sordide aventure, et on termine putain dans l’armée.


La vie ici n’est guère facile pour une fille ; au moindre pas de travers on vous attaque, on vous dépouille…mais il faut survivre, s’accroché à la moindre chose pour ne pas s’effondrer sous le poids des souvenirs. Rester la tête haute malgré l’adversité, ne jamais se soucier de que l’on aurait put être, si la mort n’avait pas frapper.


Aujourd’hui, j’ai seize ans, ma vie n’a pas changé. Faîtes de souffrances, de douleurs et d’espoirs éphémères, l’obscurité l’envahit, l’enserre comme un serpent autour de sa proie. Chaque inspiration, chaque expiration sont un tourment de plus ajoutés à tant d’autre, telles ces infamies, ces amours disparus, ces amitiés aiguisés aux parfums d’une lame…Mon chemin est constellé d’obstacles insurmontables…
_Mais qui suis-je pour juger de ma condition ? N’ais-je pas reçut une éducation lorsque je possédais encore une famille ? Pourriez-vous me répondre sur un air désinvolte.
Auquel, je vous rétorquerais sur une même intonation :
_Une éducation est-elle suffisante pour s’épanouir dans les cadavres laissés là sur les champs de batailles ou dans les vices et les futiles violences de ce monde ? Vos précepteurs apprennent t’il aux enfants à tuer dans votre région ? Apprennent-ils aux enfants à ramper comme des chiens pour trouver un malheureux croûton de pain rassis ? Je ne peux qu’en émettre des doutes…


Néanmoins, je vomis votre compassion, votre pitié, ces sentiments qui sont l’apparat des plus faibles et que je haïs plus que tout autre chose. Et à l‘avenir, l’histoire du monde ne m’intéressera plus. Et qu’il y est des morts sur la terre, et qu’il y est du sang qui se répand dessus en ruisseau, en rivière ou en fleuve, ne me passionnera plus. Il en a toujours été ainsi.


Je suis Sibylle, l’un de ces spectres qui sans destinée, sans pitié hantent les nuits à la recherche d’une proie.

Silène

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Mercredi 20 février 2008

Les charognards de nos songes,
Rongent les lambeaux de nos vies.
Ainsi semblables aux éponges,
Ne laissent jamais de répits,
Ingérant passions et ardeurs,
Comme milles amertumes.
Spectres bigarrés de nos peurs,
Ils bâtissent nos rancunes.

Les charognards de nos songes,
Longent nos voyages de nuit.
Souvent voilent de mensonges,
Leurs déboires et leurs dynasties,
De deuils, de fantasmes et d'espoirs.

Les charognards de nos songes
Nous dévorent peu à peu.

Silène

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Mercredi 20 février 2008

Comme le vent sur la terre,
Je suis invisible, mais présent.
Cette inertie de l'utopie claire,
Rends l'infini dureté de mon chant :

Je ne suis plus qu'une coquille vide,
Mon vent brillant à finit par croupir.
Et chaque jour de ma vie à en pâtir,
L'âme ronge le corps si perfide

Calme et sereine dans mon coeur
Elle s'y évanouit comme il faut
Peur et cruauté dans mon cerveau
La mort y trouve enfin son bonheur

Aujourd'hui dans le ciel je m'envolerai
Pour la beauté de ce silence embrassé
Aujourd'hui dans les cieux j'y gouterai
Car ce sera l'ode d'un mourrant

Silène                                                                                                                                                                                    

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Mercredi 20 février 2008

Quand le passé fige mes yeux pathetiques,
Dans les émois, les chimères qui l'habitent,
Mon corps pantois, cette poupée synthetique,
Pare ma peau blême de larmes et l'incite,
Au supplice d'une âme ceinturé de regrets,
D'une lame qui chaque jour davantage,
Vomi ces drames, ces délires et sa rage.

Ainsi, dûment comblé, j'oublis ce vil fumet.



Silène                                                                                                                                                                                          

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Mardi 19 février 2008


Qui était-il, elle ne le savait pas.
Un individu nuisible, discourtois ? 
Ou peut être une créature abyssal,
Qui vomirait d'un éclat déléctable,
Les victimes de son funeste charnier.

L'enfant contempla l'ombre détestable,
Et de sa voix cristalline,
Déploya sa mésestime :

Pourquoi venir me déranger ?
La mort ne vous gave point assez ?
Que diable, qui êtes vous ? 
Sortez, montrez vous !

La bête saisit une lame,
Et s'enquit de lui voler,
Son apparence et son âme
A défaut de pouvoir la goûter

Bien vivante.

Silène
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Mardi 19 février 2008
Le fourmillement insipide et sordide de cette chair douteuse mugissait d'un jouissance bestial si probante qu'un badaud intrepide se serait emerveillé du panel coloré que le tableau divulguait : Ici, le cadavre éventré vomissait de ses entrailles un flot fretillant de larves charnues et visqueuses, dégustant et se rejouissant d'une trouvaille, si exquise ; là, un liquide verdâtre dont l'odeur ignominieuse envoûtait les mouches d'un attrait despotique, suintait placidement à la surface d'une plaie. Les viscères et les organes exposés à la vue, se tortillaient et grouillaient d'une manière si grotesques qu'on les eut dit bien vivants. Quant aux corps, il dévoilait de par son arôme une trace laconique d'excrément et d'urine bien plus âcres qu'une flagrance de charogne...

La femme était nue, son visage distordu et marqué de coups révélait une bouche grande ouverte et des yeux glacés du supplice qu'elle avait enduré...
Une mort, une libération.

Silène
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Mardi 19 février 2008
Hier, je fouillais dans les archives pour y decouvrir quelques détails croustillants sur la vie de la femme dont j'écris la biographie...
Quelle surprise ! Quelle horreur !
J'y ais trouvé une anecdote des plus méprisables. Non, je ne peux décemment continuer à ecrire sa biographie tout en sachant ce qu'elle faisait lorsque le monde avait le dos tourné et croyez moi, il ne vaux mieux pas que vous le sachiez, vous, mes chers clients.
En effet, imaginez que vos enfants en lisant innocemment l'histoire rocambolesque dont je fais l'apologie, se mettent à faire de même que la narratrice. Vous m'accuseriez de les pervertir !
Et, apercevant que vos accusations saugrenues ne m'auraient nullement dérangés et que vos rassemblements tout aussi futiles devant le portail éléctrique de ma villa n'auraient servit guère qu'à divertir mes gardes armés...vous m'auriez trainés en justice ?
Je ne suis pas masochiste ! Oh ça non ! Je sais que les juges n'aiment pas ouïr "pervertir" et "enfant" dans la même phrase.
Je passerais donc sous silence cette anecdote et changerais le titre de mon ouvrage en omettant de preciser le Nom de la protagoniste. De ce fait, si dans quelques années, quelqu'un de plus hardis que moi hurle au monde entier les choses odieuses qu'elle se permettait de faire, je pourrais dire que je ne parlais pas de la même personne...
Et puis j'aurais gagné assez d'argent pour m'exiler dans un pays à la lesgislation plus souple...

Aujourd'hui, recevant une missive de mon éditeur dans laquelle il faisait part de son mécontentement quant au travail que je fournissait sur mon futur ouvrage (notamment sur ce qu'il appelle "vérité historique"), je lui rétorquais dans une lettre enflammée que je mangerais mon livre devant ses yeux s'il ne trouvait ne serait-ce qu'un mensonge.
J'en conclu qu'il est temps de changer d'éditeur...
Or, n'allez pas croire que mon livre est le produit de mensonges grossiers, d'affabulations divers et grotesques, non, c'est juste que je ne peux garantir la véracité de certains faits. 
Je ne feins pas la vérité, c'est la faim que j'évite et l'integrité que j'esquive à mes fins, afin que ne s'infirme aussitôt nés les freins de mon obsolescence. Enfin, je ne suis pas artiste et si d'aventure je m'évertuais à hurler que je ne cherche pas la gloire, la reconnaissance populaire et surtout l'argent, il serait bon de me rappeller de déclencher une guerre civile dans un pays quelconque, ceci pour mettre la main mise sur ses matières premières...
Me ferais-je ainsi la figure de proue d'un capitalisme délétère, dominé par une oligarchie de despotes ?
Evidemment, oui ! Je suis l'un de ces nouveaux "journalistes" dont on encence le nom.

Silène
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Mardi 19 février 2008

Tantôt sali, tantôt sournois,
L'hymne de mon innocence,
Rythme sans toi l'inné sens,
D'une vie dévoyée au choix,
D'un futur aux arômes salés ;

Un augure aux dédains de l'hymen

Pitié ! N'oublis pas que je t'aime...

Feins la mer aux atours radieux
Ceins de ton courant pernicieux
Mon regard aux pourtours glacés

De l'amour à l'amer vérité,
Un seul pas suffit à mes yeux,
Pour que las du penible désert,
Dans tes bras, je m'adonne et me perds.
Aime-moi ! Brûle moi de ton feu !
Protège moi de l'opprobre,
D'une vie âpre, si sobres,
Qui m'émoie et m'enserre...


Silène
par Silène publié dans : Poème
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Mardi 19 février 2008

Si nulle part le beau n'est présumé sali, pourri ou bien sournois,
Le laid quand à lui, s'aperçoit, se montre du doigt, fait rire parfois,
Si bien qu'il noie, tantôt de craintes, tantôt de plainte,
Le relent d'une vie honni, vomi de relent de paresse

Les cimetières fleurissent, se répandent tel un poison,
Là même ou la raison recule en frivole promesse.
Et tandis,
Que le passion devient sanglots sur le berceau de la tention,
L'impulsion devient étau, puis une faux d'execution.
Ainsi,
De même qu'une putain découvre les maladies qui la souillent,
Un jour viendra ou la fange goûtera une fouille similaire
En son sein, des bouillis d'orgueils, de haines et d'émois
Dont la pis sera aisément, vous ou moi...

Alors tous réaliseront
Que l'amour est injustice et que le vice est son pourtour.

Silène
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