Du haut de mes cent quarante centimètres, mes yeux de jades ne sont guère plus que le reflet d’un passé révolu ou la vie ne méritait pas que l’on s’y attache avec tant de vigueur. Ils sont froids, ignorant de leurs cruautés, et ne montre jamais ne serait-ce qu’un sentiment de bonheur. Dissimulés derrière de longues mèches noires, ils voilent ainsi leurs vides de mes cheveux rectilignes, sans jamais s’émouvoir de leurs véritables laideurs.
Au dessus, mes sourcils se dessinent, et de là même couleur que le sont mes cheveux, se louent d’être l’origine des expressions de mon visage. En dessous, s’éternise mon nez, un éperon isolé dont
la pâle splendeur n’illumine que mes lèvres opalines. Mon épiderme est glacé, hâve, et me fait paraître plus encore que mes yeux, comme morte…Mon visage est semblable à la lune se reflétant sur
un lac, il est difforme, hideux, et de même que l’écho paraît à l’oreille d’un individu, anormal, mon visage n’est que le reflet de moi-même, il est glacial. Quant à mon corps, il peut se flatter
de n’être pas encore, un amas d’os et de peau affamé.
Peut-être, est-ce parce que je suis petite ?
Quoiqu’il en soit, l’image que je renvoie de moi n’est pas l’image que je voudrais qu’elle soit. Trop frêle, trop nébuleuse, celle-ci ne me montre pas sous mon vrai jour, et mon n’intelligence
bien que prononcé ni ne la dessert, ni ne la rehausse. Quand on me discerne, je disparaît aussitôt, car je crains bien plus que le regard des autres, mes sentiments dantesque à leurs égards
Je suis bien plus triste que sournoise et bien moins vil que craintive. Certes, j‘admet avoir commis quelques méfaits, mais ils laissent place désormais à d’amers regrets. Et mon cœur, chaque
jour davantage tourmenté par ces spectres sinistres qui hantent à jamais ma mémoire, ne trouve pas la repos dont il aurait besoin.Je ne suis pas quelqu’un de foncièrement méchant et ce même si je
exècre la compagnie d’un autre que moi à mes cotés.
Ce n’est pas que les gens soient infâmes ou violents, certains sont d’ailleurs d’une gentillesse admirable, mais c’est qu’ils sont tous stupides…ils s’agglutinent comme des abeilles, construisant
et détruisant selon le bon vouloir de leurs souverains Et enchaînés par la peur, les guerres et la faim, ils ne sont plus que des marionnettes dociles, qu’on envoie à la mort sur le champ de
bataille, en criant d’une voix certaine, que la victoire est bout de leurs lames. Quelle cruelle ironie !
D'ailleurs, n’allez pas croire que je suis prêtes à sacrifier ma vie pour quelques incertaines libertés, notamment quand il faudrait défendre « le monde des hommes libres» de la
tyrannie de leurs congénères à grandes dents. La terre à toujours été le fruit de luttes intestines, de guerres meurtrières, de massacres terribles. Ainsi, celui qui affirme haut et fort
qu’en écrasant les dictateurs, le monde sera paisible et agréable est soit stupide, soit menteur.
« Il est bien plus facile de donner des armes à un homme que de les lui reprendre »
Mon père biologique était de ces hommes qui considéraient la femme comme l’égal de la bête, très pieu dans l’âme, le prêtre de la seigneurie en fit un bel éloge à la cérémonie de son enterrement.
J’avais environ cinq ans, mais je m’en souviens parfaitement. Mon frère, lui est mort trois ans plus tard, tué par quelques roublards intrépides tandis ce qu‘il « patrouillait » la
région en compagnie de ses « jouvenceaux » .
Quant à ma sœur, elle était bien trop stupide pour comprendre qu’elle n’était pas le centre du monde, et que tout ceux qui lui tournaient autour n’étaient pas des satellites dociles, mais
véritablement des frôlons enragés, disposés à se servir de leurs dards à la moindre occasion. Si bien que quelques mois après la mort de Nathaniel, cette idiote fut surprise dans les bras d’un
autre que son fiancé. Or, Cyrielle ne souhaitant rien de pis que ce qu’il lui arrivait, se révolta contre l‘ordre établit, essayant sans succès de convaincre ses paires de la véracité de sa foi,
jusqu’à ce que, portée par l’opprobre d’une doxa, elle terminât sa vie sur le bûcher ; pieds et poings liés, la chair grillant, brûlant, les yeux globuleux et suintant de fines vapeurs aux arômes
salés. Ce jour là, j’ai vue ma sœur se transformer en petit de tas de cendre fumant, en un simple souvenir, aussi froides que sont les nuits que je sillonnes désormais.
Tant de temps a passé depuis, et pourtant je puis encore me rappeler nettement de son visage. Est-ce si étrange ?
Peut être bien
Mais à la lueur de la lune, mon cœur est aujourd’hui semblable à l’astre glacé, qui suivant une trajectoire inconnue, ne trouve guère que l’obscurité comme seul apaisement. Il erre l’éternité
durant, plongé dans le néant, sans jamais parvenir à saisir cette aurore aux éclats colorés. Oui, mon coeur n’est rien de plus qu’une enveloppe candide, enfermant en son seins mes sordides
souvenirs. Ceux dont je ne puis me défaire, tout du moins…car nombreux sont ceux qui éphémères se sont évaporés, comme l’eau d’un cadavre laissé là, solitaire, dans les profondeurs d’un
désert.
Mon corps, lui est le reflet de ce leurre, à jamais maudit et honni pour le méprit que je lui porte…
Après la mort de ma sœur, j’étais abandonnée à la rue, sans toit sous lequel me reposer, sans rien pour me sustenter. Je venais juste d’avoir neuf ans. Si jeune et si seule, j’ai dut apprendre à me débrouiller dans les tréfonds de ce bas monde. Parfois de manière honorable, d’autres fois dans des souffrances bien pis que vous ne pouvez le savoir. On commence dans une taverne, on s’embarque dans une sordide aventure, et on termine putain dans l’armée.
La vie ici n’est guère facile pour une fille ; au moindre pas de travers on vous attaque, on vous dépouille…mais il faut survivre, s’accroché à la moindre chose pour ne pas s’effondrer sous le
poids des souvenirs. Rester la tête haute malgré l’adversité, ne jamais se soucier de que l’on aurait put être, si la mort n’avait pas frapper.
Aujourd’hui, j’ai seize ans, ma vie n’a pas changé. Faîtes de souffrances, de douleurs et d’espoirs éphémères, l’obscurité l’envahit, l’enserre comme un serpent autour de sa proie. Chaque
inspiration, chaque expiration sont un tourment de plus ajoutés à tant d’autre, telles ces infamies, ces amours disparus, ces amitiés aiguisés aux parfums d’une lame…Mon chemin est constellé
d’obstacles insurmontables…
_Mais qui suis-je pour juger de ma condition ? N’ais-je pas reçut une éducation lorsque je possédais encore une famille ? Pourriez-vous me répondre sur un air désinvolte.
Auquel, je vous rétorquerais sur une même intonation :
_Une éducation est-elle suffisante pour s’épanouir dans les cadavres laissés là sur les champs de batailles ou dans les vices et les futiles violences de ce monde ? Vos précepteurs apprennent
t’il aux enfants à tuer dans votre région ? Apprennent-ils aux enfants à ramper comme des chiens pour trouver un malheureux croûton de pain rassis ? Je ne peux qu’en émettre des doutes…
Néanmoins, je vomis votre compassion, votre pitié, ces sentiments qui sont l’apparat des plus faibles et que je haïs plus que tout autre chose. Et à l‘avenir, l’histoire du monde ne m’intéressera
plus. Et qu’il y est des morts sur la terre, et qu’il y est du sang qui se répand dessus en ruisseau, en rivière ou en fleuve, ne me passionnera plus. Il en a toujours été ainsi.
Je suis Sibylle, l’un de ces spectres qui sans destinée, sans pitié hantent les nuits à la recherche d’une proie.
Silène